La réciprocité dans l’échange

Dans la logique de la réciprocité et de la co-production, il est aussi important d’apprendre à recevoir que d’apprendre à donner.

1. Richesse et limite de la générosité

Par la générosité, nous donnons de l’argent, des biens, des services à des personnes qui ont un besoin. On parle alors de charité, ou pour les entreprises, de mécénat.

Par le bénévolat, nous donnons des services à des associations ou à d’autres structures. La contrepartie (le contre-don) est immatérielle, elle est dans la satisfaction personnelle d’avoir rendu service et l’estime de soi que nous en obtenons; elle peut être aussi dans la reconnaissance sociale que nous espérons, consciemment ou non. Pour les croyants, la contrepartie peut être au-delà de la vie terrestre.

Un inconvénient du don est que le bénéficiaire du service est placé en position d’infériorité et de dépendance par rapport au donneur. Et le bénévole peut difficilement être critiqué si le service n’est pas bon.

2. Echange d’un service contre du temps.

Nous donnons un service en échange de notre temps, un temps qui n’est pas rémunéré, un temps qui, suivant les principes de L’EchangeHeure est égal pour tout le monde (une heure = une heure). Mieux que le troc, l’échange service contre temps favorise la circulation des services : A aide B, qui aide C, qui aide E, et ainsi de suite. Cela multiplie les possibilités d’échange et la variété des services.

‎Un inconvénient est qu’il nous faut compter le temps passé à aider, ce que nous n’avons pas forcément envie de faire quand nous voulons justement travailler hors économie marchande: « J’ai fait ce service pour ‘x’ heures, es-tu d’accord ? ». Cette comptabilisation peut paraître lourde à gérer : nous préférons naturellement agir (rendre le service) plutôt que de gérer des comptes.

Mais l’échange d’un service contre du temps comporte d’importants avantages:

Savoir donner en retour. 

Le bénéficiaire est considéré à l’égal du donneur, car il lui est demandé de rendre des services à son tour pour gagner des heures, et ses heures comptent autant que celles du donneur. Il est amené à rechercher en lui-même les compétences sur lesquelles il peut s’appuyer pour fournir lui aussi un service.

Apprendre à recevoir.

Le donneur est considéré à l’égal du bénéficiaire, car il lui est demandé d’apprendre à recevoir. La plupart des bénévoles ne pensent pas qu’ils peuvent aussi recevoir des services.

Variété des services et des talents.

Les heures de temps créditées au donneur peuvent être utilisées pour un autre service. Par exemple deux heures de conversation en espagnol pourront être utilisées pour apprendre à utiliser un logiciel, participer à un atelier jardinage, se faire conseiller sur des questions administratives, se joindre à une sortie sportive, etc.

Mixité sociale.

Le retour d’expérience de plusieurs centaines de banques de temps, au Royaume Uni et en France au sein des Accorderies, montre que les banques de temps amènent dans l’échange des catégories de personnes différentes, plus jeunes, moins favorisées, plus nombreuses que le bénévolat classique (classes moyennes-supérieures, retraités jeunes ou moins jeunes). Les banques de temps ont vocation à créer du lien social autant que de favoriser des échanges de services.

Qualité des services.

Le bénéficiaire du service peut donner son avis sur la valeur du service reçu. L’échange nécessite que le donneur soit compétent, la simple bonne volonté ne suffit pas, ce qui est plus valorisant pour chaque partie.

3. Ce que l’échange d’un service contre du temps n’est pas :

Le crédit de temps n’est pas une rémunération, car aucun bien ou service de l’économie marchande ne peut être acheté par ce moyen.

Le service rendu en contrepartie de temps n’est pas du travail dissimulé (travail « au noir »), car l’échange réalisé entre particuliers dans un périmètre géographique restreint, porte sur des services et des prestations non satisfaits par le secteur marchand. Depuis 1998, la jurisprudence reconnaît que l’entraide réciproque entre les adhérents d’un système d’échange local relève de la sphère du bénévolat et du concours désintéressé.

4. En résumé

Mesure.

Lors de l’échange d’un service contre du temps, le temps passé à aider une personne, une association ou toute autre organisation est mesuré.

Pouvoir d’agir.

En demandant à chacun d’être acteur de l’échange ; le bénéficiaire autant que le donneur, l’échange service contre temps reconnaît que chaque personne dispose d’un « pouvoir d’agir ».

Apprendre à donner et à recevoir.

Par l’échange, chaque bénéficiaire apprendra à donner à son tour, chaque donneur apprendra à recevoir.

Lien social.

L’échange d’un service contre du temps rend plus visible le service et le démultiplie suivant le principe de réciprocité. Il favorise ainsi le développement du lien social, ce que le caractère unilatéral du bénévolat classique ne permet pas de faire.

Notre relation au temps.

Repenser notre relation au temps est aussi un projet de vie. Comme le disait Albert Jacquard le défi est de « prendre notre temps pour créer des êtres à part entière et réaliser une société de rencontres permanentes« , « apprendre à être ouvert à autrui« , « faire du temps la matière première, et non l’ennemi« , car « le matérialisme a créé une société où l’on perd son temps » [extrait de la page « nos convictions » de notre site].

Le temps comme valeur réelle.

« De différentes manières, chacun de nous est inspiré par des valeurs qui se situent en dehors du marché. L’échange et la monnaie-temps sont un moyen de transformer ces valeurs en réalité » (Edgar Cahn).